La jungle de Calais, un problème relégué au niveau local

Le ministre de l’immigration Eric Besson a fait grand bruit en annonçant la fermeture de ce que les migrants ont baptisé « jungle », zone de campements de fortune dans les dunes calaisiennes. Sous la récupération politique, d’un côté comme de l’autre, de l’immigration, les problèmes d’une ville contrainte de tout gérer au niveau local.

Livrer les migrants à des passeurs malhonnêtes ou démanteler le réseau calaisien de passeurs. Les deux manières dont le PS et l’UMP envisagent les conséquences de la clôture de la jungle sont, sans surprise, radicalement opposées. Dans un communiqué, le porte-parole de l’UMP Frédéric Lefebvre affirme que « cette opération doit être le signal pour les passeurs que désormais on ne passe plus à Calais ». La rue de Solferino se fend aussi de son communiqué, qui rappelle que « la fermeture de Sangatte, loin de casser la filière clandestine, a jeté entre les mains de mafieux de toutes sortes des milliers d’exilés ».

Pour l’UMP, raser la jungle serait le point d’orgue de la nouvelle politique d’immigration débutée en 2007 : aide aux retours, coopération avec les Britanniques et opérations de police régionales pour démanteler les réseaux de passeurs. Mais raser pour quoi ? « Si on vide les campements de fortune, on doit pouvoir offrir des conditions décentes d’hébergement derrière », déclare Sandrine Mazetier, secrétaire nationale à l’immigration au PS. La députée de Paris XIIe renchérit : « la solution individuelle préconisée par Eric Besson, je n’y crois pas du tout. Il n’y a pas assez de places d’hébergement d’urgence ».

« L’Etat ne prend pas ses responsabilités »

Loin de fustiger Natacha Bouchart, la maire UMP de Calais, Sandrine Mazetier la défendrait presque : « Je ne la mets pas en cause. Elle est confrontée à une situation compliquée ». C’est pourtant Natacha Bouchart qui a été l’un des déclencheurs de la décision ministérielle. En début de semaine, l’élue a remis à Eric Besson les plaintes des Calaisiens envers les migrants, recueillies dans les trois derniers mois. Le vrai problème, c’est que « l’Etat ne prend pas ses responsabilités », pour Sandrine Mazetier. Les acteurs locaux, élus comme associations, sont débordés.

Le coup de pouce de l’Etat dans la jungle consiste en un renfort policier (plus de 3000 hommes arrivés en juillet), l’ouverture d’un bureau d’asile à la sous-préfecture de Calais (170 demandes d’asile ont été déposées), et l’aide financière au retour, que 180 migrants ont acceptée. Insuffisant pour Bertrand Péricaud, secrétaire de la section PS calaisienne : « Depuis quelques mois, il est beaucoup plus difficile de passer en Angleterre. Alors les migrants s’entassent et ça crée plus de problèmes ». L’annonce d’Eric Besson a tout de même fait s’envoler près de la moitié des migrants, selon Bertrand Péricaud.

Le secrétaire de la section PCF insiste : « Ce n’est pas à la maire de régler ça ». Pour lui, ça devrait se passer au niveau national : « L’Etat devrait négocier avec l’Angleterre, pourquoi elle ne rentrerait pas dans l’espace Schengen ? ». Il faut dire qu’avant les municipales de 2008, Calais a été communiste pendant 37 ans. Le PC, lui non plus, n’a pas su gérer la crise.

« Les locaux sont priés de supporter les inconvénients de la situation, et en plus de payer », pointe Bertrand Péricaud. L’aide aux migrants coûte à la municipalité 400 000 à 500 000 euros par an, alors que Calais compte déjà 15% de chômeurs.

Bertrand Péricaud imagine la suite des événements : « Ils vont nous faire un beau raffut et dans 15 jours trois semaines les migrants seront revenus. C’est le meilleur endroit pour passer en Angleterre ». Un coup d’éclat national aux conséquences locales qui risquent d’être limitées.

Plana Radenovic

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s