Sur un marché de banlieue, le refus de l’«islamalgame»

Vendredi 30 avril 2010, marché d'Ivry / Photo Laure Vandeninde

Vendredi 30 avril 2010, marché d'Ivry / Photo Laure Vandeninde


Sur le marché d’Ivry-sur-Seine, en région parisienne, les musulmans assurent ne pas prêter attention aux récentes polémiques autour de l’islam et des Maghrébins. Reportage.

Alors que Nawel, petit bout de femme de 33 ans au visage souriant, se confie à La Croix, son amie s’interpose. Fatima-Zohra aussi veut parler, et elle a beaucoup de choses à dire. Sur le marché de la mairie d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), cette femme, 33 ans également, très fine, des mèches blondes dans les cheveux et des vêtements près du corps, est particulièrement remontée. «Depuis l’indépendance de l’Algérie, on ne nous a jamais aimés en France, tempête-t-elle. On a considéré nos parents comme des chiens et maintenant on n’arrête pas de nous salir !»

Fatima-Zohra est née en Algérie mais a grandi en France et son père est français. Pourtant, elle a refusé d’adopter la nationalité française. «Je me sens mal, j’ai envie de partir, confie cette jolie femme au visage pourtant très dur, assombri par la colère. Je l’aime, la France, mais on n’est pas aimé et j’ai un minimum de fierté. Je me donne dix ans pour leur laisser leur territoire.» Le laisser à qui ? Au Front national et à cette «minorité», dit-elle, de Français qui rejettent les Maghrébins et les musulmans. Une minorité suffisamment oppressante pour lui faire passer l’envie de rester ici.

Le débat sur l’identité nationale, les minarets, la burqa… tout cela ne change pas grand-chose à sa vie, assure Fatima-Zohra. Le racisme qu’elle dénonce, elle le subit depuis l’enfance. Son amie Nawel, coiffée d’un voile noir, partage son point de vue : «On a toujours eu mauvaise réputation en France.»

Un certain 11 septembre

À quelques pas, Sadek, 63 ans, et Rabia, 68 ans, discutent au milieu d’une allée. Amis et anciens collègues de travail, ils sont d’accord pour dire que les polémiques récentes autour de l’islam n’affecteront pas l’image des musulmans dans l’opinion. «C’est avec le 11 septembre 2001 que le verre a débordé. Ou plutôt la bouteille !» lâche Sadek dans un éclat de rire. Pour les deux hommes, ce sont bel et bien les attentats contre le World Trade Center qui ont attisé le racisme et l’islamophobie.

Vendredi 30 avril 2010, marché d'Ivry / Photo Laure Vandeninde

Vendredi 30 avril 2010, marché d'Ivry / Photo Laure Vandeninde

«Après cela, dans l’opinion, tous les musulmans étaient des islamistes», regrette Sadek, les cheveux bouclés, toujours les mains dans le dos. Pourtant, Sadek et Rabia tiennent à prendre leurs distances avec les pratiques radicales de l’islam. «On est en France, on vit comme les Français, martèle Sadek. Moi, je ne les aime pas celles qui portent la burqa. Celui qui veut se cacher, il retourne chez lui.»

Rabia, les boucles grisonnantes et le visage émacié, a été marqué par certaines rencontres. Notamment avec cette femme, qu’il aurait entendue dire à une amie : «Regarde, ce sont des Noirs et des Arabes», aurait-elle soufflé avec mépris en voyant un groupe de jeunes jouer au football. Ou par cette bousculade involontaire avec une autre femme. Rabia s’est excusé, mais la femme s’est emportée. «Je sais que c’est parce que je suis algérien, insiste-t-il. Si cela n’avait pas été le cas, il n’y aurait pas eu d’incident. Elle n’aurait pas osé.» La thèse paraît difficile à prouver. Mais l’atmosphère anti-Arabes est telle, aux yeux de Rabia, qu’une certaine paranoïa s’installe.

«C’est très dur de trouver du travail»

Fatima aussi a remarqué une réelle différence par rapport à l’avant 11-Septembre. Cette femme de 36 ans aux yeux d’un vert intense dissimule ses cheveux sous un foulard rose. Un foulard qui n’avait, semble-t-il, pas la même importance auparavant. «Désormais, c’est très dur de trouver du travail», confie Fatima, qui dit avoir du mal désormais à trouver des enfants à garder. «Avant, c’était plus facile, assure-t-elle. On vivait tous ensemble. Mais maintenant il y a des barrages.» Reste que cette jolie Tunisienne aux fins sourcils soutient, elle aussi, la lutte contre la burqa. «Je suis avec les Français, là-dessus. Ne pas montrer qui on est, cela pose beaucoup de problèmes», estime-t-elle.

Nous croisons Houcine, la trentaine, français d’origine algérienne, à son retour de la mosquée. Élégant, avec du gel dans les cheveux, une veste en cuir et son sourire de séducteur, Houcine l’affirme d’une voix ferme : les Français ne sont pas dupes. «Tout ça, dit-il, c’est un problème de Nicolas Sarkozy, pas des Français. Le président essaye de jouer avec les sentiments des Français mais leur regard sur les musulmans n’a pas changé.»

Au reste, il observe que les débats sur l’immigration sont réguliers, «ça vient, ça part, il y a des moments où l’on en parle beaucoup, puis on oublie». Le battage de ces derniers mois n’est, aux yeux de Houcine, que passager, et les «islamalgames» ne suffiront ni à lui pourrir la vie, ni à effrayer davantage l’opinion.

Elsa Maudet

Cet article est paru dans la Croix le 3 mai 2010

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3 réponses à “Sur un marché de banlieue, le refus de l’«islamalgame»

  1. ISLAMOPHOBIE : CONTINUONS LE COMBAT ET

    NE SOYONS PAS DUPES !!!

    Personne aujourd’hui ne peut nier la réalité de ce fléau socio-politique qui frappe spécifiquement les musulmans de France . Alors que certains nient l’existence d’une islamophobie en revendiquant le droit de critiquer l’islam et en nous faisant croire qu’ils ne visent pas les musulmans , d’autres arrivent avec une fausse naïveté en nous faisant croire qu’ils découvrent l’ampleur du phénomène et qu’ils sont prêts à le combattre et s’ériger en porte parole !!!

    Malheureusement nous ne sommes pas dupes ni des uns ni des autres car depuis la première affaire du foulard en 1989 qui a permis au principal de collège Ernest Chenière de devenir député, année ou Salman Rushdie a insulté notre prophète et a été honoré par la classe médiatico- politique, ou de l’expulsion au Burkina Fasso en 1996 de plusieurs militants musulmans , via le camp de Follembray, dont certains sont encore là bas sans aucun jugement, ou bien l’exclusion de dizaines de filles scolarisées et dont l’épilogue a été la loi scélérate et islamophobe du 15 mars 2004, en passant par les crimes racistes ou bavures policières, pour finir par l’exclusion de plusieurs militants de leur travail , et l’expulsion de dizaines d’Imams ayant refusé de servir de supplétifs pour la gestion sécuritaire de l’islam de France ; depuis cette période certains d’entre nous à titre individuel ou au sein de leurs organisations telles que l’Union des Jeunes Musulmans(UJM) , le Collectif des Musulmans de France (CMF) , DiverCité , le Mouvement Immigration et Banlieue (MIB), et d’autres dont le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) et plus récemment la Coordination contre le Racisme et l’islamophobie (CRI ) n’avons eu de cesse de nous battre dans l’indifférence des organisations de défense des droits de l’homme et de lutte contre les discriminations.

    Bien au contraire nous avons même assisté à des diabolisations ou des sabotages de nos organisations taxées d’islamistes ou d’islamo-gauchistes, et nous avons constaté l’instrumentalisation du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) par des gouvernements étrangers et par le gouvernement français qui a créé cette instance pour un contrôle et une mise au pas des musulmans de France, sous prétexte d’avoir un interlocuteur et une représentativité. Nous verrons même le CRCM de Rhône Alpes nous pondre une cellule de veille contre les actes islamophobes dont la finalité politicienne est évidente (au moment ou CRI prenait ce problème en charge), et dans le même temps se taire sur notre fichage à la Vichy par les renseignements généraux. Pendant ce temps le Tsunami islamophobe déclenché par la loi du 15 Mars 2004 contre le voile n’a cessé de faire des dégâts auprès de milliers de femmes musulmanes qui portent le foulard et aspirent à travailler ou se former comme tous les autres citoyens. Depuis la création de CRI il y a deux ans nous avons plusieurs dizaines de cas flagrants d’islamophobie et pour lesquels la solidarité et la mobilisation se font attendre , et pour lesquels nous n’avons vu ni X ni Y se mobiliser pour soutenir les victimes.

    Il est donc bien facile aujourd’hui de venir se faire le défenseur de la cause au moment où même les plus islamophobes (Finkelkraut , Elisabeth Badinter , Taguief ; Bernard Henry Levy, etc…) cherchent à se racheter une virginité en signant une pétition contre les affiches islamophobes du Front National. L’instrumentalisation et la récupération politicienne de nos actions , de notre colère et de nos révoltes sont inacceptables.

    Notre combat n’a pas besoin de sprinters ou de récupérateurs, mais de marathoniens capables de tenir dans la durée, car se mobiliser en masse de manière émotive et sentimentale lorsque les images ou l’actualité nous interpellent comme pour la vague islamophobe ou la question palestinienne, ne fait qu’altérer notre crédibilité à nos yeux et aux yeux de l’opinion publique. L’opportunisme politique non plus n’a pas sa place dans nos rangs, nous sommes plusieurs organisations issues des quartiers populaires de toute la France à mener ce combat et d’autres depuis des décennies, et à avoir mis en place, depuis plusieurs années un outil politique nommé (FSQP) Forum Social des Quartiers Populaires pour mener tous ces combats sur le champ politique, et cet outil ne demande qu’à être renforcé dans son autonomie et son organisation pour porter notre parole loin des paternalismes qu’ils soient blancs ou basanés.

    Si vous avez compris qu’il ne faut pas être dupes , rejoignez nous pour continuer la lutte engagée par nos parents et nos grands frères à qui nous devons le respect. http://www.crifrance.com http://www.fsqp.fr

  2. L’ ISLAMOPHOBIE : OU LE FOND DE COMMERCE FRUCTUEUX
    Depuis les premières affiches du Front National il y a une vingtaine d’années sur lesquelles on pouvait voir une mosquée avec le slogan « DANS 20 ANS LA FRANCE SERA MUSULMANE ! », le filon de l’islamophobie, qui n’était alors qu’un fond de commerce exploité et non réservé à l’extrême droite , va s’avérer au fil des ans une affaire juteuse politiquement, sur laquelle vont se ruer la droite , la gauche, les paternalistes blancs et même nos basanés. Paradoxalement même ceux qui ont alimenté pendant des années ce fond de commerce et ces diabolisations criminelles , vont profiter de la vague islamophobe actuelle pour tenter de se racheter une virginité démocratique et droit de l’hommiste.

    Depuis les premières affiches du Front National il y a une vingtaine d’années sur lesquelles on pouvait voir une mosquée avec le slogan « DANS 20 ANS LA FRANCE SERA MUSULMANE ! », le filon de l’islamophobie, qui n’était alors qu’un fond de commerce exploité et non réservé à l’extrême droite , va s’avérer au fil des ans une affaire juteuse politiquement, sur laquelle vont se ruer la droite , la gauche, les paternalistes blancs et même nos basanés. Paradoxalement même ceux qui ont alimenté pendant des années ce fond de commerce et ces diabolisations criminelles , vont profiter de la vague islamophobe actuelle pour tenter de se racheter une virginité démocratique et droit de l’hommiste.

    Sans remonter aux prémisses de cette islamophobie hexagonale qui remonte aux temps des croisades , puis des colonies en passant par la Révolution Iranienne puis par l’islamisation par Pierre Mauroy , alors premier ministre , de la lutte sociale de nos parents dans le domaine de l’automobile, en les traitant d’agitateurs Khomeynistes, pour finir par un rapide survol avec le fameux débat sur l’identité nationale impulsé en réalité lors de la dernière campagne présidentielle, et pas seulement ces derniers mois.

    En effet lorsque le candidat Sarkosy avait décidé de siphonner les voix du FN lors de la dernière campagne présidentielle, il décomplexait alors bon nombre d’hommes et de femmes politiques à l’image de Ségolène Royal qui lui emboîta le pas sur la question de l’identité nationale du drapeau, de la Marseillaise et pour finir en pleine campagne par stigmatiser les femmes musulmanes voilées en les amalgamant avec les femmes violées et excisées .

    Puis viendra la campagne pour les élections régionales initiée en vérité bien avant avec le fameux débat sur la « Burqa » puis par celui sur l’identité nationale qui n’avaient pour but que de continuer la stigmatisation des musulmans entreprise lors des présidentielles en particulier.

    Nous avons alors assisté à un véritable déchainement raciste et islamophobe sans précédent , entretenu par des politiques et des intellectuels en passant par les groupes identitaires ou les partis politiques, des attaques symboliques et physiques d’une rare violence et avec une périodicité qui interroge.

    La criminalisation du musulman est dorénavant inscrite sur les murs de la République (d’ailleurs les affiches du Front National avec les minarets et le drapeau algérien, continuent à tapisser nos murs alors qu’elles ont été interdites par la justice) ce qui renforce dans le subconscient collectif l’idée de la dangerosité de ces musulmans pour la France envahie par les minarets et le drapeau algérien très significatif dans notre histoire commune.

    Après cette campagne électorale et les résultats tristement historiques pour les musulmans de France ( le FN a dépassé les 22% au Nord et au Sud du pays et les taux d’abstention dans nos quartiers ont battu tous les records) , nous voyons se dessiner d’autres campagnes islamophobes et racistes annoncées plus ou moins explicitement par un certain nombre de ténors de la droite dont certaines figures nous ont affirmé que le redressement de la France passait par le vote de la loi contre la « Burqa » et d’autres par le fait qu’il fallait revenir aux fondamentaux qui seraient le sécuritaire et l’identité nationale.

    L’analyse faite par ces hommes et femmes consiste à nous dire que si le FN a progressé entre les deux tours , et s’il revient en force, c’est parce que nous n’avons pas tapé assez fort sur les nouveaux bouc-émissaires que sont devenus ces musulmans, et qu’il va falloir s’y mettre pour regagner cet électorat égaré à l’extrême droite. Beau programme face à un chômage galopant, une crise persistante et un avenir incertain ou bouché !

    La droite qui s’est brulée les doigts et a perdu des plumes avec ces débats instrumentalisés ne veut pas tirer les bonnes leçons et s’entête en attisant la haine entre les composantes de la population et des lendemains dangereux .

    La gauche quand à elle s’est contentée lors de ces débats nauséabonds de nous dire que le moment était mal choisi et qu’il s’agissait d’une manœuvre politicienne et électoraliste ce qui sous tendrait que si ces débats et ces stigmatisations avaient lieu lors d’une autre période ils seraient les bienvenus, ou pour le moins compris ou acceptés. Pendant ce temps , une grande partie de cette gauche s’est permis de critiquer le choix du NPA du Vaucluse de présenter une candidate voilée pour les élections régionales, le Quick Halal, ou de nous présenter quelques têtes basanées (nous avons même eu doit aux musulmans bien pratiquants et tout et tout !) pour draguer les banlieues avec leurs noirs et arabo-musulmans , sans présenter la moindre solution aux problèmes endémiques que nous vivons dans nos quartiers populaires et banlieues depuis plus de 30 ans, et dans lesquels la gauche a autant de responsabilité que la droite.

    D’ailleurs un bon nombre de députés de gauche ont contribué , au sein de la commission « Burqa » initée par un député communiste , à jouer de l’islamalgame et de la criminalisation d’une partie de la population, ce qui a permis à certains d’entre eux d’obtenir une notoriété qu’ils n’avaient même pas imaginée en rêve.

    Pour compléter le panorama islamophobe et faussement islamophile nous ne pouvons pas passer sous silence les tentatives de rachat de virginité de la part de certaines personnalités (Bernard Henri Levy, Elisabeth Badinter, Redecker, Sifaoui , Taguieff, Gluksman, etc…et certains satellites du CRIJF) qui ont l’outre-cuidance de signer une pétition contre les affiches du Front National alors qu’à longueur d’années nous subissons leurs attaques dont les effets consistent à nous jeter en pâture à l’extrême droite et à nous mettre au ban de la société et du vivre ensemble.

    Comme nous l’avons constaté l’islamophobie est donc un bon filon électoral, qui a la particularité d’être exploité par la classe politique dans son ensemble, mais aussi et malheureusement par certains acteurs en mal de troupes et qui viennent faire leur marché dans ce vivier important fort de plusieurs millions de citoyens , en vue d’arriver à leurs fins politiques. Le paternalisme que subit la communauté musulmane de France n’est en effet pas toujours blanc comme voudraient nous le faire croire certains. Et le business qui consiste soit à criminaliser les musulmans pour faire carrière politique, soit à les caresser dans le sens du poil pour faire carrière en tant que pseudo-spécialiste , ou enfin de s’ériger en leur porte parole ou leur symbôle en empruntant parfois de manière trompeuse à leur accoutrement vestimentaire ou apparence : (bandana, foulard ou barbe) ne sont que des pièges qui méritent d’être pris sérieusement en considération pour éviter des lendemains douloureux, et éviter aux musulmans de France d’être représentés par des charlatans, ce qui est malheureusement trop souvent le cas.

    Abdelaziz Chaambi Lyon le 25 Mars 2010 http://www.crifrance.com

  3. super article Elsa 😉

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